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Patricia et André Rossignol, les deux Chagnotins de combat.

5 mai 2016 - 09:07

 

Quelques noms au hasard : Karim Benzema, Maria Sharapova, Joakim Noah Samir Nasri ou encore Romain Grosjean. Leurs points communs ? Ils sont tous sportifs de haut niveau, tous très bien payés, et parfois imbuvables même lorsqu’ils n’ont jamais rien gagné. Ils appartiennent à un monde particulier, celui du sport des stars où l’on est poursuivi aussi bien par les télévisions que par les sponsors en quête d’investissements à la rentabilité pourtant mal assurée. Et à côté de cette planète d’où nul ne voit plus le public, il existe un autre univers sportif, fait d’amateurisme et d’abnégation, de petits clubs discrets avec leurs dirigeants bénévoles, de pédagogie et de camaraderie, de luttes fraternelles et d’empoignades amicales, un monde également peuplé de champions n’étalant que leur modestie.La preuve avec la lutteuse Patricia Rossignol et son judoka de mari.

Exilés de Chalon à Chagny

Comme dans beaucoup de petites villes, on peut, à Chagny, être “immigré depuis plus de quarante ans.Guère de distance pourtant entre Chagny et Chalon, mais c’est un peu comme Beaune et Nuits, on est de l’un ou de l’autre mais pas des deux. S’ils se sont parfaitement acclimatés, Patricia et André Rossignol sont avant tout des Chalonnais. Elle est née à Saint-Rémy sous le signe du Scorpion auquel elle n’attache pas la moindre importance même si elle révèle vite une personnalité piquante. Son père, Louis Eloy, est certes né à Saint-Chamond, dans le lointain Forez de Monsieur Pinay, mais c’était au hasard des affectations de grand-père Henri, natif de Mercurey et chef de gare entre autres dans la Loire et à Chagny.

Louis Eloy, né en 1929 et disparu en 2009, était militaire de son état Un militaire peu ordinaire au demeurant puisqu’il avait commencé par faire… le séminaire. De cette double influence, Patricia, qui a eu un prêtre comme parrain, garde le souvenir d’une éducation disciplinée mais sans excès et imprégnée de catholicisme, peut-être sous l’influence de la grand mère paternelle, Jeanne Chazée, elle aussi originaire de Mercurey. Du côté de sa mère, Gilberte Jeandet, née en 1932 et disparue voilà peu, en 2015, on est plutôt lyonnais depuis les grands-parents, Félix Jeandet et Françoise Auboeuf.

Pour André Rossignol, l’affaire est encore plus simple : une seule origine, Chalon-sur-Saône, aussi bien du côté du père, François Rossignol, ouvrier chez Gardy à Saint-Rémy, que de celui de la maman, Simone Maréchal,elle aussi chalonnaise et repasseuse à domicile dont les frères, l’un déporté et l’autre mort pour la France, ont été des héros de la Résistance. Comme le jeune André, les grands-parents Rossignol et Bonnavent ne s’étaient pas écartés des bords de Saône.

Aujourd’hui, André Rossignol pousse l’esprit de clocher jusqu’à se présenter comme un Chalonnais “pur jus” pour avoir été un gamin du quartier Saint-Vincent. Quartier de noblesse dans son esprit.

Patricia va donc fréquenter l’école du Centre, à Chalon bien sûr, en primaire et en maternelle avant de recevoir l’éducation stricte des soeurs du Collège Saint-Dominique. Pas de mixité, pas de pantalon, un uniforme. Il faut mériter, par sa vertu affichée, son BEPC. Pour préparer un bac médicosocial, elle rejoindra le lycée privé et religieux des Arcades, à Dijon.

Parcours presque parallèle, aux alentours de l’île Saint-Laurent, pour son futur mari qui passera la maternelle et le primaire à l’école de l’Est où il préparera un certificat d’études primaires avant d’intégrer le lycée technique d’Etat pour un CAP d’électrotechnique qu’il obtient en 1971. C’est alors qu’il exprime auprès de ses parents sa volonté de travailler et de gagner des sous. « Fais ton service d’abord » et il le passe en Allemagne, à Constance, sur les bords du Bodensee.

De la prison à la police

André Rossignol est fils unique, contrairement à Patricia Eloy qui est l’aînée de quatre fi lles et un garçon. Ses sœurs Marie-France et Myriam ne s’éloignent guère du bercail ; la première est aujourd’hui formatrice à Varennes et la seconde travaille, elle aussi, à l’exusine Gardy passée dans le groupe creusotin Schneider. C’est tout autre chose pour Bernadette partie avec son mari ouvrir une boulangerie-pâtisserie française au Québec. Il fallait le benjamin pour reprendre la tradition paternelle.

Louis Eloy avait été adjudant chef responsable du centre chalonnais de formation de l’armée de l’air. Son fils est aujourd’hui militaire à Aix-en- Provence.

A cette différence d’organisation familiale près, tout prédestinait André et Patricia à se rencontrer. Il est employé par l’entreprise Drode spécialisée en électricité industrielle. Elle enchaîne des emplois de secrétariat chez Relais Equipement Ecotel (restauration collective), Filimétal (radiateurs), OCB (engrais) et Casino de Santenay mais la roue de la chance s’est déjà arrêtée sur la case coeur. Un ami commun les a présentés et début de l’été 1976, ils se marient.

C’est la case Chagny sur laquelle leur roue de la fortune (immatérielle, bien sûr) va s’arrêter bientôt. La mairie de Chagny organise un concours pour recruter un policier municipal. André Rossignol, qui est né en face de la prison de Chalon, se verrait bien dans la police… C’est mieux que l’itinéraire inverse. Il est recruté le premier septembre 1977 et naturellement sa jeune épouse le suit avec leur fils né très peu avant, Marc Rossignol, aujourd’hui plaquiste établi, devinez où, à Chalon-sur-Saône. Ce quasi-quarantenaire reste un brillant judoka, comme son père, comme sa mère, mais c’est là une autre histoire, particulièrement scintillante.

La jeune mariée était en noir

Dès 1974, à la suggestion de son futur époux, Patricia a en effet commencé la pratique du judo. Elle y réussit assez bien. Elle envisage de passer les brevets d’Etat nécessaires à l’enseignement du sport. Elle va suivre les cours de l’INSEP, l’Institut national du sport et de l’éducation physique à Vincennes, mais il lui faut auparavant choisir une deuxième discipline sportive. Ce sera la lutte pour le meilleur et le pire.

Elle tire, comme on dit dans les sports martiaux ou de combat, dans la catégorie des moins de 74 kilos. Autant dire qu’il est préférable de ne pas lui chercher des poux dans la tête. Autant dire aussi que cette catégorie va la mettre rapidement au contact des lutteuses les plus redoutables venues, avec ou sans dopage, de ce qui est encore l’URSS.

Mais ne brûlons pas les étapes. Il lui faut devenir championne de Saône-et-Loire, de Bourgogne et de France, des échelons qu’elle passe presque sans coup férir, le dernier dès 1984. La ceinture noire de judo est devenue la bête noire des lutteuses rivales.

L’Olympe sans les jeux olympiques

C’est le début d’une carrière éblouissante. En 1984, elle est vice-championne du monde de lutte à Madrid. Deux ans après, le directeur technique national la somme d’être prête, quelques jours plus tard, à partir en stage pour trois semaines. Son employeur, Organique Chimique de Bourgogne, donne son accord et elle devient, à Pau, championne du monde. Nouveau titre planétaire, très officiel puisque l’ex-Festival mondial de lutte est devenu Championnat, en 1987 à Oslo. En 1988, à Dijon, proche banlieue de Chagny, elle est médaille d’or aux championnats d’Europe cette fois. En 1993, elle n’est “que” médaille de bronze mondiale à Omsk, riante cité de Sibérie. Mais elle revient au premier rang en remportant le titre de championne du monde en 1996, à Grenade. N’en jetez plus !

A celle qui est sans conteste la plus titrée des sportifs de notre région ne reste qu’un regret, celui de n’avoir pas obtenu de médaille olympique. Elle aurait sans aucun doute remporté ce titre là également si la lutte féminine avait été inscrite au programme des J.O.

Elle ne le sera qu’en 2004 aux Jeux d’Athènes où Patricia est entraîneur (prière de ne pas dire “entraîneuse”).

Elle a beaucoup fait pour cette inscription puisque, un sport ne pouvant être retenu s’il n’est pratiqué sur les cinq continents, elle avait été chargée, dès 1992-93, par la Fédération française de créer en Tunisie la première équipe nationale d’Afrique.

Ses succès ne lui sont pas montés à la tête. Elle continue à se dévouer pour le sport à tous les niveaux. Elle est secrétaire départementale du Comité olympique et sportif français ; elle en est membre au degré régional et siège à la commission formation du CNOSF.

Pour la Fédération française de lutte, elle préside la commission femmes et figure encore au Conseil d’administration. Si l’on met à part le droit à disposer du temps nécessaire à toutes ces missions ainsi que la prise en charge les compétitions, aujourd’hui pour les déplacements de cadres, cet énorme travail est entièrement bénévole. Mais il en faudrait plus pour arrêter Patricia et son mari

Un club couvert de médaille et une nouvelle médaille pour sa présidente.

Malgré les très beaux résultats d’une compétitrice hors pair, Patricia juge aujourd’hui, comme son mari, que leur plus beau succès est à rechercher dans une petite salle autrefois obscure, celle de l’ancien cinéma Eden qui abrite aujourd’hui l’Alliance Chagny Sports, club de judo et de lutte présidé par Patricia Rossignol et co-animé par son mari, un garçon qui reste volontiers dans l’ombre des victoires de son épouse mais qui était déjà ceinture noire en 1972, quatre ans après avoir commencé le judo. 150 licenciés de 4 à 84 ans. Ces chiffres ne sont pas avancés pour la blague ni pour faire mieux que le Journal de Mickey. Les plus petits à fréquenter le tapis de lutte également tatami de judo affimchent entre 4 et 6 ans, tandis que les deux judokas les plus âgés, dont un arbore la fameuse ceinture noire, sont des gamins de 84 ans.

L’ACS a remporté tellement de distinctions dans les deux disciplines qu’André et Patricia ont renoncé à fi xer les plaques commémoratives trop nombreuses sur les murs extérieurs de la salle. Quant à la vitrine des trophées, elle fait penser à celle du Real Madrid. Les éternels tourtereaux qui dirigent le club ont une passion pour la jeunesse qui leur offre probablement le miroir de leur propre vie.

Gardons en tête le nom de Mariana Kolic. Cette jeune chagnotine est déjà championne d’Europe de lutte dans la catégorie des cadettes. La jeunesse ne respecte rien ; cette Mariana serait bien capable d’aller se forger un palmarès ressemblant à celui de sa présidente.

Le club ne comptabilise pas moins de 80 titres de championnes de France de lutte et s’enorgueillit également de nombreux titres individuels en judo. En football, il y a le PSG ; en lutte et judo, il y a Chagny… et les autres.

C’est donc très naturellement que Patricia est devenue, en 1999, Chevalier de la Légion d’Honneur.

Une élue épanouie

Au plan professionnel, André vient de prendre sa retraite alors que Patricia doit encore travailler trois ans comme professeur d’EPS au Centre interprofessionnel de formation d’apprentis de Mercurey. Elle note sans acrimonie que ses années passées comme sportive de haut niveau, au service de la France en quelque sorte, sont sans effet sur ses droits à la retraite. Pas grave.

Elle a d’ailleurs repris du service. En 2008, Michel Picard lui a proposé d’intégrer son équipe municipale avec, naturellement, la responsabilité d’adjointe aux sports, aux festivités et aux loisirs. Elle y a si bien réussi qu’en 2014 elle est devenue adjointe à l’enseignement, à l’enfance et à la jeunesse. Elle dit adorer ce travail pour le “bien public” comme on disait jadis. L’équipe est bonne, selon elle, et Patricia croit plus que jamais à l’engagement au service du collectif. C’est la marque des très grands sportifs de savoir que le talent individuel n’est rien quand on l’utilise de façon égoïste.

Le dévouement à l’intérêt général n’exclut toutefois pas le goût du bonheur et des plaisirs simples. André et Patricia sont des bons vivants. Amateurs de bonne cuisine, avec chez elle une prédilection pour le poisson, ils ne sortent guère de la région quand il s’agit de vins. Veut-on du blanc ? Ce sera Chassagne, Bouzeron ou Rully. Du rouge ? Chassagne encore, Mercurey et Santenay. Que les dieux de la vigne soient remerciés, on ne fait plus guère de vin à Chalon…

N’allez pas croire que ce goût de la gastronomie et des vins de Bourgogne serait une sorte de profession de foi théorique. Quand on a le plaisir d’accompagner les époux Rossignol chez Aline Thusseau, l’accorte tenancière du “Pont de Paris” à Chagny, on les voit faire honneur à la cuisine et aux bons vins. Une leçon d’optimisme. Ils ne rêvent guère de voyages tant ils en ont fait pour leurs compétitions et leurs stages ou pour accompagner les jeunes de l’ASC. Patricia énumère ses étapes de lutteuse qui semblent sorties des aventures de Michel Strogoff ou de l’indicateur des chemins de fer russes : Moscou, Omsk mais aussi Almaty au Kazakhstan et mille lieues entre Saint- Pétersbourg et Samarcande. Elle rêve même d’Oulan-Bator, ce qui est bien méritoire. Quelquefois, André prend sa moto pour proposer à sa femme quelques petites balades (guère plus en Italie, en Espagne, en Autriche, en Slovénie. Dans cette discipline, c’est lui qui tient les manettes.

S’il fallait un mot, un seul, pour défi nir ce couple aussi humble qu’attachant, il faudrait s’arrêter à leur sourire. Une façon de sourire à deux qui montre leur parfaite complicité et l’amour qu’ils portent à leur vie. Elle est belle car elle est telle qu’ils l’ont faite.

Laurent Jacques

Commentaires

coinours de chagny 5 mai 2016 12:49

très bon article

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